Astrïd

&

Ref: arbou019 - 2xCD

Prix: Epuise

Écoute: "N"

Plus orchestré, plus électrique, le premier album Music for contenait de belles promesses, mais évoluait dans un périmètre relativement circonscrit : accompagné par Guillaume Pervieux (piano, Rhodes, claviers, harmonium), la musique d'astrïd se rapprochait des territoires foulés avant elle par les Rachel's ou Town & Country, par exemple. Avec &, ce nouvel (et double) opus, le groupe marque son territoire en ouvrant paradoxalement toutes ses frontières. L'écoute des deux derniers morceaux du CD 2 pourrait inciter aux raccourcis faciles : on se situerait ici quelque part entre le folk d'un John Fahey et Talk Talk de Colour of Spring. Mais quitte à verser dans les lieux communs, on se permettra de convoquer la métaphore de grands espaces pour définir cette musique au minimalisme élémentaire : découlant en général d'improvisations, les compositions d'astrïd s'étirent en un kaléidoscope de climats, où des motifs instrumentaux vibratiles s'associent et se désolidarisent comme des nuages. Comme chez certains disques du label ECM, il y a parfois ici une manière très éloquente de dilater le temps et d'habiter le silence ; quand d'autres passages plus hypnotiques rappellent les répétitifs américains ou les krautrockers allemands. La musique d'astrïd est une musique de chambre par l'intimité musicale qu'elle dévoile mais cette chambre est grande ouverte. Par la grâce de leur dépouillement et de leur apparente simplicité mêmes, les compositions du trio témoignent d'un sens de l'espace, d'une attention au son qui semble hérités des compositeurs classiques. Ainsi, bien que très cinématographiques (astrïd a par ailleurs travaillé avec des vidéastes, des chorégraphes, et sur trois courts-métrages de Guillaume Paturel), ces deux disques d'une grande cohérence sont avant tout intemporels. Au-delà des influences, ils inscrivent astrïd dans ces lignée de musiciens à folk dont la musique s'abreuve à tous les folklores, de la tradition élisabéthaine à l'Americana, en passant par des contrées lointaines. Voilà un album qui se conclut sur une improvisation sur un psaume du XVIIe siècle, et auquel la clarinette de Guillaume Wickel insuffle souvent des couleurs orientales. Comme Colleen, Clogs ou Thee, Stranded Horse, astrïd compose un folk syncrétique, et donc quelque part utopique : une musique qui fait naturellement converger les multiples traditions dans lesquelles elle prend sa source.

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